Histoires à Doigts

Des histoires toujours à portée de mains

 

Récits courts, où les mains évoquent, par leurs postures et leurs mouvements, comme des “marionnettes naturelles”, les événements de l’histoire. On y considèrera la gestuelle comme une chorégraphie  miniature : on lui apportera un soin particulier pour qu’elle ne soit pas seulement une illustration de la parole mais pour qu’elle possède son esthétique propre. 

 

Nous allons voir :

- la précision et la fluidité des gestes pour un récit évocateur, ainsi que la parole comme une “voix off” pour le climat et les couleurs qu’elle peut instaurer.

- la synchronisation du geste et de la parole.

- les rythmes, et les “matières” des gestes pour évoquer les personnages et leur dynamiques.

 

 

voir ici l'interview qui vient de sortir sur les Histoires à Doigts, par Hortense Lonjon.

Article

Les Histoires à Doigts font partie depuis toujours du répertoire des conteurs :

ce sont des récits courts, où les mains évoquent, par leurs postures et leurs

mouvements, comme des “marionnettes naturelles”, les événements de

l’histoire. Petit Escargot dort sera représenté par un poing fermé, Il fait beau

dehors (derrière, l’autre main se lève comme un soleil)…

Ce mode narratif fait vivre en quelques instants, par une articulation simple

entre la parole et le geste, un récit complet qui a ses personnages, son

parcours, son sens, et sa portée émotionnelle. Les mains, en passant comme

des acteurs d’un personnage à l’autre, (la main qui représentait le soleil va

représenter l’instant d’après, le nuage) acquièrent une dimension un peu

magique : c’est l’acte de métamorphose par le jeu de l’imaginaire.

Ce genre se situe au carrefour de deux familles : les Comptines, et les Jeux de

Doigts. Elles sont un spectacle en miniature : brièveté du récit, concision et

clarté de l’action, proximité et intimité entre celui qui raconte et son

auditoire… Ce sont des histoires à portée de main… les mains de chacun.

Les Histoires à Doigts nourrissent plusieurs dimensions du développement du

jeune enfant, et tout d’abord, son sens de l’observation et de l’interprétation.

Elles sollicitent en effet, chez l’enfant à qui on les raconte, une attention

plurielle : pour entrer dans le récit, il doit faire converger en lui les décodages

de deux langages, l’un oral, l’autre gestuel, et comprendre en finesse ce qui

les réunit dans une même narration. Dans cette phase-là, les Histoires à

Doigts requièrent et stimulent des compétences très proches de celles

convoquées par les albums de jeunesse, qui placent spontanément l’enfant à

l’endroit où l’image dialogue avec le texte pour faire avancer le propos. C’est

en cela qu’elles peuvent facilement se glisser dans une séance de lecture,

entre les albums, pour faire une respiration récréative.

Quand l’enfant commence à s’approprier les Histoires à Doigts, s’ouvre alors

pour lui tout un chantier d’explorations multiples : psychomotricité,

synchronisation de la parole et du geste, usage métaphorique des mains, sens

du récit et de la fiction…

Concernant l’acquisition des clés du récit, on peut voir que tous les éléments

de base sont ici réunis : structure de la narration, découlement (succession

logique des actions), distinction des personnages, évocation des lieux…

En psychomotricité fine, on peut remarquer la dissociation des deux mains,

distinctes et complémentaires, chacune évoquant un personnage ou un

élément du décor, avec une précision du geste dans sa forme et dans

l’espace. Les Histoires à Doigts recrutent aussi un sens du rythme et du

climat : pour que chaque personnage et chaque action soit reconnaissable,

l’enfant est invité à explorer des dynamiques diverses et une expressivité

variée de ses mains : la souplesse du brin d’herbe, la rigidité de l’arbre, la

lenteur de l’escargot, la légèreté du papillon… allant jusqu’à des concepts

abstraits comme le temps qui passe, par la représentation manuelle du soleil

qui se lève ou de la nuit qui tombe. Au-delà d’une simple illustration de la

parole, ces chorégraphies modestes mais précises, apportent des éléments

nécessaires à la compréhension de l’histoire, et donnent des indications du

comment se déroule l’action, selon les qualités du geste (vif, lent, brusque,

aérien…)

Mais si tout cela n’était que pour développer des capacités, l’ambition en

serait bien limitée. Ce qui fait la grandeur des Histoires à Doigts, c’est que

toutes ces compétences sont mises au service de l’expression d’une

sensibilité et de la part poétique que chacun porte en soi.

Ce mode d’expression invite à une relation fictionnelle entre soi et ses

gestes : c’est une partie bien réelle de son propre corps qui va servir pour

l’enfant de support à cette fiction, où les personnages se font et se défont à

la vitesse d’une illusion.C’est une dimension métaphorique du corps. Et par la

diversité des Histoires à Doigts, et de leurs langages gestuels propres, les

modes de représentation sont multiples : du figuratif au très “transposé”

invitant à une lecture relative et toujours renouvelée du geste et de son sens.

Les Histoires à Doigts prennent les enfants par la main, pour les faire

cheminer sur les routes du récit et de l’imaginaire.